Sumo

Biography


Sumo’s work can be seen all around Luxembourg, but also in numerous cities around the world to which the artist has travelled at one point or another in recent years. Although an important, formative stage in his artistic development, graffiti and street art are merely one aspect of Sumo's bulimic work on images.

While Crazy Baldhead, the emblematic character he developed in the late 90s, also dominates his paintings, here, he no longer acts as a signature or a sign of appropriation of a given urban ’territory’. A pictorial motif in its own right, he becomes a pretext for extended formal investigations and variations.

Bursting with statements, slogans, motifs and intense colours, Sumo’s compositions represent an abstract documentation of moments. His overall concept of time and space fills the picture plane in a sprawling, virus-like mode. Thanks to these countless details, each square centimetre could be seen as an autonomous work in itself, their sum creating a dizzying zoom-in, zoom-out effect.

The artist was nicknamed Sumo back in high school, well before he turned to graffiti; today, he hardly ever uses his birth name, whether privately or professionally. The nickname is therefore much more than a pseudonym for the artist whose real name is Christian Pearson.

Vingt ans d'une peinture vivifiante

 


Christian Pearson, plus connu par les aficionados du « Street art » sous le
combatif et colossal pseudonyme de « Sumo » est aujourd'hui une figure
incontournable de l'art contemporain au Luxembourg. Le gaillard, avec son air de ne
pas y toucher, a déjà investi les institutions les plus renommées de la Capitale
grand-ducale. Il faut dire que ses peintures bariolées aux tonalités régressives qui se
dégustent comme de délicieux bonbons multicolores ne peuvent laisser indifférents.


En effet, Sumo affectionne à peupler et même à surpeupler toiles et
sérigraphies de créatures loufoques, interlopes, d'onomatopées, de slogans
décapants irradiant d'une palette tonitruante. Il a indéniablement le goût de l'image
qu'il a nourri très jeune en feuilletant les critiques de disques dans les magazines.
Ainsi, les cover de vinyles puis de CD seront ses premières influences visuelles.
L'artiste en devenir a un oeil et un sévère coup de crayon. Lors de ses études
secondaires qui se dérouleront tout naturellement au Lycée des Arts et Métiers de
Luxembourg, il fait la connaissance de deux graffeurs Spike et Stick qui deviendront
ses compagnons d'armes dans cette aventure de la bombe aérosol. Ensemble, ils
investiront plusieurs murs au delà des frontières luxembourgeoises, créeront ensuite
la ‘Hall Of Fame’ à l’ancien abattoir de Hollerich (skatepark) avant de laisser leurs
oeuvres proliférer sur de nombreuses surfaces pariétales de la capitale grandducale.

Mais personnellement Sumo ne se contente pas de faire du Graff à la sauvette.
Il expérimente lettrages et personnages, cultive allègrement son univers visuel et
topographique et surtout s'astreint à de longues heures de dessin. Et comme le
Graff est un exercice de style, le jeune artiste aura rapidement l'ambition de se
démarquer de ses coreligionnaires avec un nouveau personnage percutant. Ainsi
naîtra en 1999 son fameux et identitaire Crazy Baldhead. L'accouchement a été
difficile, Sumo a beaucoup besogné. Tout d'abord , il imagine un cochon un peu trop
libidineux à son goût, et après trituration de neurones, dessine une patate avec des
yeux, un nez acéré, une bouche pleine de dents et une surtout une mine patibulaire.
Sous son regard ébaudi apparaît alors son double maléfique, un vilain petit Sumo
acerbe et moqueur. Après quelques retouches, l'effigie deviendra le Crazy Baldhead
qui va laisser au fil des années son empreinte sur le territoire urbain local et
international.


Et depuis vingt ans, sans relâche, Sumo peint comme il respire, affine son
concept artistique et passe du mur à la toile. L'artiste s'affirme alors comme le
peintre de la dynamique de surcharge. Dans ses compositions se lit une sorte de
phobie du vide qui le conduit à littéralement cribler sa production de paroles, de
textes, de motifs divers et variés. Ses créatures avec leur trait grossi, leurs formes
arrondies, leurs couleurs saturées sont caractéristiques et reconnaissables entre
mille. Ils sont sa signature, sa Trade-mark. De plus, il y a dans chaque peinture
de Sumo des tentations hors-champ, ses motifs profilèrent, tutoient concomitamment
l’infiniment grand et l'infiniment petit. L'artiste nous entraîne alors dans un abîme de
« bubbles » diaprées lesquelles à l'instar des planètes ne sont qu'infimes points au
sein de la galaxie et inversement. Cette particularité du travail de Sumo lui donne
ainsi un ton universel. 


En effet, l'artiste réfute l'attachement à un style, que l'on
classe son art l’indiffère totalement. Il est un peintre contemporain aux racines
street-art certes mais ne rechigne pas à exposer dans de grandes institutions. C'est
sans doute durant l'été 2013 lorsqu'il a été convié à investir les cimaises d'une
importante banque luxembourgeoise que le grand public a vraiment pris conscience
de l'amplitude et de la qualité de son travail. Cette exposition va résonner comme un
déclencheur et le travail du jeune artiste s'est vu alors auréolé d'encore plus de
crédibilité. Il faut dire que Sumo ne rechigne pas à l'ouvrage et dans son atelier, il
continue à l'acrylique ou à la bombe aérosol, à travailler avec une minutie et une
dextérité à faire pâlir. Il use de l'aléatoire des coulures avec science, se joue des
transparences et des couches superposées de matière.


Et il y a toujours chez l'artiste cette volonté de piquer au vif notre société
contemporaine, de nous interpeller sur la notion de liberté, de libre-arbitre. A lui de
revendiquer par là, son statut de peintre et à user à l'envi sur la toile de ses moult
références : les comics, les dessins-animés, la publicité, la culture populaire
contemporaine, le Hip-hop et ses icônes, le tout nimbé de beaucoup de dérision,
d'ironie. Si l'artiste porte un regard sur l'actualité comme nous avons pu le lire dans
de récentes toiles, celle-ci se délite sous d'autres couches d'influences et de
références. En effet , Sumo tend à créer dans son champs pictural le défilement
inexorable du temps. Il le documente avec pléthore de points, de motifs et de formes
représentant un moment. Puis, il y a recouvrement, les instants s'entrechoquent,
s'évanouissent dans les flots des souvenirs. Les toiles de Sumo peuvent alors
s'appréhender comme un journal intime visuel, dynamique, empli de musicalité,
d’énergie positive et de couleurs.


– Nathalie Becker, septembre 2016